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Le projet de voilure WISAMO

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Comme expliqué dans l’éditorial, les nouvelles réglementations telles que EEXI et CII vont, ou ont déjà commencé à imposer des réductions d’émissions de CO2 aux navires. Pour ce faire, les armateurs ont à leur disposition des options diverses telles qu’utiliser un carburant alternatif, réduire la vitesse, appliquer des peintures de coques plus performantes ou recourir à la force du vent. Ce dernier point semble être une des options les plus prometteuses.

De nombreux projets fleurissent, la plupart basées sur des idées déjà anciennes mais qui trouvent dans le contexte réglementaire actuel une opportunité d’être financés et d’enfin passer au stade de la réalisation à l’échelle 1. La plupart des projets sont bien connus car faisant l’objet de beaucoup de communication. Je ne peux pas ici les citer tous, mais on peut les regrouper en grandes familles : les cerfs-volants, les ailes rigides, les voiles traditionnelles, les rotors à effet Magnus, etc.

Le projet que je vais présenter dans cet article est le projet Wisamo, développé par le groupe Michelin. Ce projet se distingue de la majorité des autres par l’originalité du concept et puisque les porteurs du projet m’ont invité et présenté leur projet, je vous en fait profiter.

Le système se compose d’un mât auto-porté télescopique et d’une voile gonflée, en profil épais autour de ce mât. Le tout se rétracte dans un balestron. La gestion est entièrement automatique, sur commande de l’opérateur, la voile se gonfle, le mât se déploie, puis le balestron s’oriente pour optimiser la poussée par rapport au vent.

Les avantages du système sont nombreux : ce type de profil a un bon rendement dans les allures près du vent ce qui est la majorité des cas pour un navire fonctionnant en mode hybride (c’est-à-dire utilisant son moteur plus les voiles pour économiser du carburant) et donc créant un vent apparent venant de l’avant.

De plus, le système étant rétractable il permet d’ajuster la surface de voile selon la force du vent mais aussi de passer sous les ponts et de diminuer la traînée quand le système n’est pas en service (par vent trop fort ou trop faible, au port etc.).

Enfin, le système demande peu de modifications de structure et pourra être installé facilement sur des navires existants, notamment ceux qui auront le plus rapidement besoin de ce genre de solution pour passer les normes de réductions d’émissions de CO2 dans les années à venir.

Les premières ailes gonflables ont vu le jour en 2016. Elles étaient alors manuelles et d’une surface de 42 m². En 2020, une première aile automatique de 100 m² a été installée sur un voiler du skipper Michel Desjoyeaux. Cette année (2023) une aile de 100 m² a été installée sur le navire Pélican de la Compagnie Maritime Nantaise pour pouvoir la tester en conditions réelles. La prochaine étape est de construire et tester à terre puis en mer une aile de 800 m². Selon la configuration des navires (neuf ou anciens en rétrofit) il pourra être installé une ou plusieurs ailes.

Il est toujours difficile d’estimer les gains de telles installations car elles vont varier d’un navire à l’autre et d’une ligne à l’autre selon la météo, mais le projet est prometteur et il est enthousiasmant de voir de tels projets enfin aboutir.

L’avenir dira qui avait raison ou quelle solution sera la plus efficace mais vu la diversité des navires et des routes maritimes, il y a fort à parier que des projets très différents pourront coexister chacun étant plus efficace pour un type de navire ou un trading particulier.

Cdt Pierre Blanchard
Président de l’AFCAN