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Intervention de Bertrand Apperry sur BFM TV à propos de la crise du détroit d’Ormuz

La retranscription ci-après :

Damien Gourlet

L’invité du Midi et BFM va nous raconter le conflit à hauteur de marin. Ils sont actuellement des milliers coincés dans le golfe Persique.

Bonjour Bertrand Apperry. Vous êtes le président de l’Association française des experts maritimes, ancien commandant de navires.

Alors actuellement, il n’y a pas question de prendre le risque, mais à partir de quel moment, dans quelles conditions, les navires de la marine marchande remettront les moteurs en route pour traverser le détroit d’Ormuz ?

Bertrand Apperry

Oui, bonjour. Je parle donc surtout en tant qu’ancien capitaine de navire.

Un capitaine de navire est un marin marchand, il n’est pas militaire du tout, donc il obéit à son armateur. Son armateur lui demande : « Ça y est, j’ai fait tous les arrangements possibles, tu peux essayer de passer. » Je vais lui obéir théoriquement.

Bon, soyons honnêtes, un marin, un capitaine de navire, c’est un homme prudent. Donc il dit : « OK, je vous fais confiance, j’y vais, mais je vais y aller doucement, parce que ma confiance n’est pas à 100 % pour les belligérants qui sont en face de moi. »

Il est hors de question de mettre en péril le navire, son équipage et son chargement.

Roselyne Dubois

Bien sûr. On le comprend bien. Est-ce que les marins qui sont pour certains bloqués depuis 2 mois ont été formés d’une façon ou d’une autre à cette situation ?

Bertrand Apperry

Les marins marchands sont formés depuis les années 2000.

On a été formé à toute situation d’urgence, y compris des situations de sûreté, c’est-à-dire attaques de pirates, attaques terroristes. Mais subir une pression en cours de guerre, ça c’est vraiment inédit. On ne l’avait pas prévu, c’est vrai.

Donc nous sommes prêts à résister. C’est tout. À se cacher, à préserver nos vies, à répondre à une situation d’urgence à bord du navire, un drone qui s’écrase, le feu qui se répand à bord du navire, etc. Mais nous ne sommes pas formés plus que ça.

Damien Gourlet

Bertrand Apperry, vous, vous avez déjà traversé ce détroit sur des pétroliers, sur des gaziers, sachant qu’ils sont des centaines de bateaux bloqués sur place, à partir du moment où ce sera débloqué, il va falloir combien de temps pour évacuer tout ça ? Ça ne va pas se faire dans la journée !

Bertrand Apperry

Alors, ça, c’est une très bonne question. C’est vrai qu’il y a des milliers de bateaux coincés. Il y a la sortie-entrée du détroit d’Ormuz. C’est un dispositif de séparation de trafic. C’est tout. On prend la droite et la gauche. On roule à droite pour entrer. Maintenant, s’il y a des centaines ou des milliers de bateaux qui veulent passer, il va falloir organiser tout ça. On sait faire.

Dans beaucoup de détroits, vous avez ce qu’on appelle les « vessel traffic systems ». Donc, c’est des systèmes de contrôle du trafic. Il va falloir le mettre en place. Qui va le gérer ? Ça va être mis en place rapidement ou pas ?

Vous voyez, c’est pas si simple que ça. La différence qu’il y a entre une tour de contrôle d’aviation, par exemple, et les avions peuvent être à des altitudes différentes. Les bateaux sont tous à la même altitude, c’est-à-dire la surface de la mer.

Roselyne Dubois

Merci beaucoup, Commandant, pour votre expérience.