C’est un fait, la force a fait son retour dans les relations internationales. Que ce soit l’Ukraine, la Palestine, la mer Rouge ou Taïwan, les exemples ne manquent pas. En plus de ce retour de la violence, on observe un net recul du droit international et ce, non plus uniquement du fait d’États en marge de la communauté internationale, mais du fait d’acteurs majeurs (Russie, Chine, USA).
Le droit international était la seule chose qui nous protégeait, nous, capitaines de navires. S’il disparaît, ou si de nombreux États ne s’en préoccupent plus, alors pour nous ce sera le Far West. La convention de Montego Bay par exemple est essentielle, elle qui garantit le passage inoffensif dans les eaux territoriales et qui pose l’interdiction d’entraver le passage dans les détroits. Ce retour de la force et ce recul du droit international vont rendre la tâche des capitaines encore plus ardue. Plus ardue mais plus importante, en effet quand il faut décider de passer ou non par la mer Rouge ou par toute autre zone dangereuse il faut des capitaines compétents, courageux et capables de prendre les bonnes décisions « selon leur jugement professionnel » comme l’établit la convention SOLAS dans son chapitre sur le pouvoir discrétionnaire du capitaine. Convention SOLAS qui elle aussi, si elle venait à être bafouée par des États, rendrait la tâche des capitaines plus compliquée et le travail en mer plus dangereux.
A l’heure où nous manquons d’officiers dans le monde et où nous cherchons des solutions pour motiver la jeune génération à prendre la mer, j’ai conscience que ces perspectives ne vont pas dans le bon sens. Pour terminer sur une note positive on peut aussi se dire que les défis à venir seront nombreux et passionnants et que la vie des futurs marins sera, à n’en pas douter, pleine d’aventures.
Commandant Pierre Blanchard
Président de l’AFCAN