La COP 28 me donne l’occasion de revenir sur un sujet important déjà évoqué dans cette revue : la décarbonation du transport maritime. Comme nous l’avons vu dans les précédents numéros d’AFCAN Informations, l’application de la réglementation CII aux navires (Carbon Intensity Indicator) entraîne des effets pervers et serait plus efficace si elle s’appliquait non pas navire par navire mais par flotte.
Les discussions lors des conférences ayant pour thème les propulsions véliques et organisées par l’ENSM en marge de la Transat Jacques Vabre au Havre m’ont permis d’aller plus loin dans cette réflexion. En effet, on observe que la majorité des armateurs se tourne vers les carburants alternatifs pour réduire leur empreinte carbone. Il y a plusieurs raisons à cela : ma volonté de garder la main sur la vitesse des navires et leur programme commercial, la disponibilité de la technologie, la relative facilité de sa mise en œuvre (encore que pour utiliser personnellement depuis quelques années des navires Dual Fuel au GPL, je peux témoigner du fait que cette mise en œuvre demande de gros efforts tant du côté de l’armateur que du côté des équipages).
Cependant, d’un point de vue écologique, si l’utilisation d’un carburant alternatif diminue bien les émissions de GES du navire (gaz à effet de serre lors de son utilisation et donc améliore son CII, il conviendrait de prendre en compte l’impact environnemental de la production de ce carburant. En effet, si l’on dépense une quantité non négligeable d’énergie pour produire de l’hydrogène ou du méthanol, les émissions de CO2 liées à cette production devraient entrer en compte dans le calcul du CII du navire. En faisant cela, on privilégierait les solutions réellement économes en énergies telles que les réductions de vitesse ou les propulsions véliques.
La meilleure énergie, d’un point de vue écologique, est celle qu’on ne consomme pas. Espérons qu’à l’avenir les réglementations de réduction des GES prendront en compte cette réalité pour une décarbonation plus efficace et qui n’entraîne pas un déplacement des émissions.
Cdt Pierre Blanchard
Président de l’AFCAN