La décarbonation du transport maritime pose de nombreux défis. On lit régulièrement ici ou là, (souvent de la plume de personnes qui n’ont jamais mis les pieds sur un navire), que l’intelligence artificielle et les navires autonomes vont tout solutionner.
Dans la vraie vie, les solutions pour décarboner les navires sont complexes et souvent, pas encore matures (qu’il s’agisse de carburants alternatifs, de propulsions véliques ou autres). Il va pourtant falloir les mettre en œuvre rapidement si l’on veut tenir les objectifs annoncés.
Si le marin est par nature conservateur (non pas au sens politique mais au sens technique, à savoir que le marin a généralement tendance à préférer une technologie ancienne, connue et fiabilisée à une nouveauté et son lot de surprises), il est également doté d’une grande capacité d’adaptation. Il sait gérer des technologies variées, sur des navires très différents et trouver des solutions parfois inédites, originales, dictées par les nécessités, par la situation réelle du système en utilisation et parfois non imaginées par les ingénieurs au moment de la conception dudit système. Même si la notion est vaste et imprécise, cela fait partie de ce que nous aimons à appeler le bon sens marin.
Ceci signifie que, contrairement à ce que pensent certains, le marin n’est pas une partie du problème que l’on pourrait remplacer plus efficacement par une intelligence artificielle, mais il est une partie très importante de la solution, quelle qu’elle soit. C’est une très bonne nouvelle pour nous, il va y avoir besoin et il y a déjà besoin sur les navires de personnel qualifié, voire très qualifié et avec une solide expérience de la mer et des navires pour relever les défis qui nous attendent dans les années et les décennies à venir.
Cdt. Pierre Blanchard
Président de l’AFCAN