La fatigue des marins

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Ces derniers temps, plusieurs accidents ont malheureusement à nouveau mis en lumière le problème de la fatigue des marins.

Ce problème n’est pas nouveau mais les choses évoluent peu malgré la MLC qui essaie de s’améliorer. Je vois deux causes importantes qu’il conviendrait de traiter. La première reste la décision d’effectif émise par le pavillon, tant que des pavillons autoriseront des navires avec seulement 2 officiers de quart (donc le capitaine et le second) ces navires ne pourront pas naviguer en toute sécurité. La seconde est, pour les navires qui ont un effectif « normal/raisonnable », la gestion des escales et notamment pour les capitaines. En effet, tant qu’il faudra arriver au plus vite pour tendre la notice of readiness puis attendre que le quai se libère pour manœuvrer on aura des capitaines fatigués pendant les manœuvres (qui restent sous sa responsabilité malgré ce que certains disent). Capitaines ensuite épuisés en sortie d’escale au moment de prendre la mer et donc souvent, de s’engager dans des zones à fort trafic. Je rappelle également que le capitaine n’est pas là que pour gérer la manœuvre, il doit tout gérer à bord ce qui signifie qu’il devrait être en permanence reposé, en tout cas pas épuisé, pour être prêt à toute éventualité (faire face à un incendie, un accident, une avarie, un cas médical, les situations qui requièrent toute son attention et son énergie ne manquent pas).

Prenons l’exemple d’un navire qui arrive à 2 heures du matin dans un port, le capitaine n’a probablement pas dormi avant d’arriver car il devait gérer la navigation côtière et l’approche du port. Sa présence à la passerelle était donc requise quelques heures avant l’arrivée, sans compter les diverses tâches administratives, notifications, emails etc. qui se multiplient au dernier moment pour la préparation de l’escale. Il arrive donc au port, tend sa Notice of Readiness, on lui indique que le quai n’est pas libre, il doit aller mouiller. Le temps de rejoindre la zone de mouillage, d’exécuter la manœuvre, d’envoyer les derniers e-mails il ne se couchera pas avant 4 heures. A 6 heures du matin il doit se réveiller pour lever l’ancre, le pilote étant à 8 heures. Résultat il a dormi au maximum 2 heures, il va ensuite enchaîner une manœuvre qui peut être longue (8 heures de remontée de rivière dans certains ports que je fréquente régulièrement), une escale qui peut être courte et il n’est pas sûr qu’il ait le temps de faire une vraie nuit avant de reprendre la mer. Si le port avait informé dès le début que le pilote serait à 8 heures et l’affréteur n’avait pas besoin que la notice soit tendue au plus tôt, le capitaine aurai pu ajuster sa vitesse (économisant du carburant par la même occasion) et arriver directement à 8 heures après une petite nuit de sommeil.

Ce genre d’ajustement n’est possible qu’avec un changement global des règles et une collaboration de tous les acteurs : armateurs, affréteurs, chargeurs, autorités portuaires, pilotes, agents etc. Si cela peut éviter des accidents (et accessoirement que les capitaines et autres officiers se ruinent la santé) le jeu en vaut la chandelle.

Commandant Pierre Blanchard
Président de l’AFCAN