En ces temps troublés pour les marins, entre les attaques de navires en mer Rouge et la perte de l’irremplaçable Jacques Loiseau, j’avais envie d’apporter un peu de légèreté dans cet édito.
L’occasion m’en a été donnée par un agent lors d’une escale récente. Nous déchargions du GNL dans un terminal ouvert à la houle. La veille nous avions passé une inspection SIRE, tout le monde était fatigué, des membres d’équipage étaient partis à terre. Le téléphone sonne, l’agent au bout du fil me dit : « Captain, we have a situation ». Dans ma tête défilent rapidement divers scénarios : problème avec le terminal, problème avec les autorités locales, accident d’un membre d’équipage à terre, les « situations » ne manquent pas et le capitaine les a toujours plus ou moins en tête. Après un blanc dans la conversation je lui demande ce qu’il se passe et lui de me répondre : il n’y a pas de beurre doux… En effet, lors de la dernière escale nous n’avions pas reçu du tout de beurre avec les provisions, j’avais donc demandé à l’agent de l’escale suivante s’il pouvait m’en apporter. Pas de beurre doux donc, il est vrai que pour le Normand que je suis ça peut en effet constituer une « situation » mais honnêtement je m’attendais à pire. Nous sommes donc repartis avec uniquement du beurre salé et le sourire, les uns car Bretons et donc très contents de cette situation, moi car bien soulagé que la situation ne soit pas plus grave.
C’est ça aussi le quotidien du commandant, entre 2 décisions importantes et deux catastrophes évitées il faut aussi s’occuper de mille petits détails insignifiants, c’est souvent fatiguant mais parfois cocasse et rafraîchissant.
Commandant Pierre Blanchard
Président de l’AFCAN