Il est maintenant standard d’avoir internet à bord des navires. La qualité et les modalités d’accès varient selon les compagnies et le type de navigation. Internet est même devenu pour certains un critère important au moment de choisir une compagnie, ce qui peut paraître étrange aux anciens (et je me compte parmi eux) qui ont connu la navigation sans internet et qui en gardent de très bons souvenirs.
Force est de constater qu’une fois internet à bord il devient difficile de s’en passer et la moindre panne ou passage dans une zone non couverte par le fournisseur devient une source de stress et parfois de tension à bord. En effet, étant censé être connectés, certains marins et certaines familles se stressent dès qu’il y a quelques jours voire quelques heures sans nouvelles.
A contrario une mauvaise nouvelle dans la famille (décès ou autre) arrivera au marin rapidement par un biais ou par un autre (tels que les réseaux sociaux) si internet fonctionne correctement. Pour en avoir fait personnellement l’expérience il y a quelques années lors d’un passage à Singapour je confirme que cela peut être déstabilisant. La gestion des crédits (internet étant organisé pour éviter que tout l’équipage ne soit connecté en même temps) peut également devenir source de tension.
Un autre problème vient du fait que les navires modernes étant équipés d’internet dès la conception, de nombreux fournisseurs considèrent que le navire sera toujours connecté à internet et le fonctionnement en mode dégradé sans internet de certains logiciels ou équipements peut s’avérer très fastidieux. De plus, en ayant de nombreux systèmes connectés au réseau et ce dernier connecté à internet, les risques liés à la cybersécurité sont augmentés.
Également des questions liées aux libertés individuelles et au respect de la vie privée viennent se poser quand sur un réseau connecté à internet on trouve par exemple les caméras de surveillance du bord.
Internet est là et le but n’est pas de revenir en arrière, c’est un outil merveilleux qui nous apporte beaucoup de positif (le lien avec les familles, les informations météos etc.). Cependant cela rend le métier assez différent, je suis actuellement en train d’effectuer les essais gaz d’un gazier neuf en Corée et j’ai la désagréable impression de faire des essais informatiques plus que des essais gaz.
Comme on peut le voir les problèmes sont nombreux, certains sont déjà anciens, certains nouveaux. Les défis liés à internet à bord vont aller crescendo, de nouvelles questions et de nouveaux problèmes se posent, le commandant étant là en première ligne pour les gérer (ou en subir les conséquences).
Cdt. Pierre Blanchard
Président de l’AFCAN