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Colloque 2022 sur l'emploi et les compétences
dans le transport et les services maritimes européens.
par vidéo-conférence le 9 février 2022

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Ce colloque devait se tenir à La Rochelle, mais suite aux restrictions sanitaires a été organisé en vidéo. Toutefois, quelques personnes étaient présentes sur place dont : la ministre de la Mer, Madame Annick GIRARDIN et des jeunes européens (sous l'égide de la fondation Surfrider) qui pouvaient ainsi poser directement leurs questions. Comme désormais habituel, la liaison vidéo offrait aussi la possibilité, par l'espace chat, de poser une question et/ou de poster des remarques.
La ministre de la Mer ouvre le colloque en rappelant que si la France possède le 2e espace maritime derrière les Etats Unis, l'Union européenne possède, elle le premier espace maritime. Ce qui donne une certaine responsabilité à l'Union européenne dans ce domaine.

Quatre personnalités du monde maritime ont ensuite pris la parole.
Tout d'abord Monsieur Kitack LIM, Secrétaire général de l'OMI qui a insisté sur le fait que « quoi qu'on en dise » le transport maritime est le transport le plus durable et le plus écologique. Revenant sur la pandémie Covid, il a rappelé que le prix payé par les gens de mer était très fort, que les problèmes de relèves et de vaccinations ne sont pas encore totalement terminés. Dans le transport maritime, l'élément le plus important est l'élément humain, et c'est celui qu'il faut protéger. Car sans les gens de mer, le transport maritime ne fonctionnera pas. Il faut donc faire évoluer les compétences, et par conséquent les formations (d'où la révision programmée de STCW), pour protéger l'avenir des marins. Le transport maritime représente un grand nombre de métiers, donc des enjeux majeurs pour l'emploi des jeunes. Une formation sur les nouvelles technologies, les nouveaux carburants, pour accéder à un haut niveau de compétence. Sous la condition de ne pas oublier l'élément stratégique du transport maritime qu'est l'élément humain.
 
Puis la commissaire européenne aux Transports, Madame Adina VĂLEAN a continué le propos précédent. Les navires sont de plus en plus sophistiqués et nécessitent des équipages de plus en plus compétents sur les nouvelles technologies. Pour elle aussi il n'y a pas de transport maritime sans les marins. En fin elle a rappelé que l'UE avait travaillé sur les relèves et la vaccination des gens de mer pendant la pandémie. Elle a terminé en indiquant que le chantier le plus important qu'il restait à entreprendre concernait l'attractivité vers ces métiers de marins.
À son tour, Monsieur Virginijus SINKEVICIUS, commissaire européen aux Affaires Maritimes, a pris la parole. Profiter de la pandémie pour améliorer le système actuel. Aller vers les nouvelles technologies, par de nouvelles méthodes de formation, dont la vidéo. Il prévoit la création d'une flotte pour les installations offshore avec des navires sans équipage, d'où la nécessité de développer de nouveaux domaines scientifiques, avoir des compétences en construction navale, offshore, plongée. Ce qui nécessite de nouveaux formateurs.
Enfin Monsieur Jean-Emmanuel SAUVÉE, président d'AdF, a lui souhaité que la lutte contre le dumping social se fasse dans un cadre européen, avoir des normes sociales au niveau européen. Harmoniser, par le haut, les référentiels de formation pour faciliter la mobilité des marins européens dans le cadre de l'UE.

Atelier n°1 : Améliorer les conditions de vie au travail des gens de mer dans le contexte de crise sanitaire.

Avec la participation du président de CLIA-France, du président de l'ECSA, d'un représentant de ITF-France, du chef du Guichet unique RIF, et de notre collègue afcanien Raphaël BAUMLER, professeur et chercheur au WMU. Le modérateur étant Monsieur TEILLARD, journaliste Le Marin.

On a encore parlé du problème des relèves (CLIA et ECSA), même si le chef du Guichet unique RIF a souligné ce qui avait été fait en France, y compris à la Réunion, pour faciliter les relèves. ITF a demandé que le temps maximum d'embarquement soit réduit à six mois, et que les certificats d'armement (safe manning) soient systématiquement augmentés de 25 %, ce qui aurait pour effet immédiat, outre l'emploi des gens de mer, de diminuer considérablement la fatigue à bord, cause d'un grand nombre d'accidents de navigation et corporels. Les recherches au sujet de la fatigue montrent que les temps de repos sont très courts, et que ce sont les officiers chargés de la navigation qui ont les temps de repos les plus courts. Ce qui est une aberration, car il faut être vigilant de quart à la passerelle. Les temps de travail ont fortement augmenté car il y a de plus en plus de charges administratives dédiées aux bords. Les navires sont aussi de plus en plus automatisés avec des systèmes de plus en plus compliqués et sophistiqués qui nécessitent une plus grande attention ainsi qu'une compétence à acquérir pendant les temps de repos, à bord et à terre en congés. Moins de repos entrainant de facto plus de fatigue.

Atelier n°2 : Promouvoir l'emploi et les compétences maritimes à l'échelle européenne.

Avec la participation du DGA de LDA-France, d'un avocat d'ETF-Norvège, du directeur de l'Institut du travail de Bordeaux, et de la vice-présidente de DFDS-Angleterre. Le modérateur étant Monsieur TOURET, ISEMAR.

Le déclin de la marine marchande en Europe touche aussi l'emploi à terre. Cela est aussi une conséquence de la concurrence intra-européenne, avec deux extrêmes opposés en termes de droit social européen. Il faudrait une application des normes sociales au niveau européen. Par exemple pour le cabotage, la référence est la loi du pavillon. Il y a alors trois éléments à travailler : les règles sociales de l'Etat d'accueil (cabotage international ou national), l'étendue des droits reconnus (quels droits les Etats peuvent appliquer aux travailleurs au cabotage), le détachement de ces travailleurs vers l'international et retour national. Cependant, selon certains, la concurrence a du bon. Un socle commun européen apportera le contraire de ce qui est souhaité. Il serait mieux de continuer à travailler sur la MLC. Egaliser au niveau européen les statuts sociaux, donc vers le haut, rendra le maritime européen plus cher, donc moins d'emploi, et par conséquent le contraire de ce qui est recherché. D'où une perte de compétences. Il faut s'inscrire au mondial, pas seulement en européen.
 
L'UE doit «réparer» son rapport au marin. On parle du coût du marin, uniquement du coût, pas de ce que le marin apporte. D'où une réduction sociale. ETF recommande l'adoption d'une norme européenne, l'UE doit améliorer les droits des marins qui ne devraient pas être exclus des navires sous pavillons européens. Ce qui aura pour conséquence la création d'emplois et un effet d'attirance sur la jeunesse européenne.
Cependant il n'y a aucune réponse de la part des armateurs européens sur l'embarquement des élèves. Si les élèves ont plus que du mal à trouver des embarquements, comment finaliser leur formation, et comment les attirer ?

Atelier n°3 : Favoriser la fluidité des parcours professionnels des marins au sein de l'UE.

Avec la participation de la DG de l'ENSM, du chef du département maritime d'ETF, du DG de CMA SHIPS, d'un directeur adjoint de l'EMSA, et d'une représentante de l'armement de V.SHIPS. La modératrice étant Madame GROSMOLARD, rédactrice en chef du Marin.

La reconnaissance par les pays de l'UE des brevets, titres et certificats obtenus dans un pays européen existe. Mais si une formation spécifique (donc la plupart des certificats de compétence) a eu lieu dans un pays en ce qui concerne sa première partie (basic certificate), la deuxième partie (advanced certificate) ne peut se faire que dans le même pays.
Cela sous-entend qu'il n'y a pas d'harmonisation entre les différents pays européens pour une même formation. Et on en est au même point pour les équivalences de formation données par simulateur par rapport au temps réel d'embarquement pour formation.
A tous ces propos et remarques, la réponse est : il faut réglementer.
 

Table ronde avec de jeunes européens : Objectif 2050 : comment se réinventer ?

Table ronde ouverte par Madame GIRARDIN, quelques jeunes européens ont pu exprimer ou rendre compte de leur échanges internes sur les sujets importants à leurs yeux.
On a donc entendu parler de «port vert», de «navire vert», de «navire autonomes avec personne à bord», ce qui comme conséquence apportera moins de pollution et plus de sécurité sur les océans. Les solutions demandées sont plus de contrôles, entre autres pour éviter la surpêche, mais aussi une nouvelle répartition des frais de ports et autres taxes afin d'encourager les armateurs de navires vertueux et de contraindre les autres à améliorer leurs performances environnementales. Tout cela ayant été noté par la ministre.
On a quand même oublié de dire que les océans sont pollués par le transport maritime certes, mais à l'échelle de 15% à 20% suivant les calculs effectués par les organismes environnementaux. Cela montre quand même que la pollution des océans est donc due à 80%, ou plus, à l'activité terrestre (les pollutions agricoles, les rejets de nutriments et d'eaux usées non traitées, le tourisme côtier, le développement des zones extra portuaires, la construction de barrages sur les rivières, l'étalement urbain, l'exploitation minière, l'aquaculture et les pêcheries industrielles, l'industrie manufacturière).
 
On peut aussi noter qu'aucun marin (jeune officier de la marine marchande) n'a pu s'exprimer, puisque ne faisant pas partie des jeunes invités à réfléchir alors qu'il faut attirer les jeunes vers la mer et ses métiers, y compris comme navigants. Les interlocuteurs suivants ont quasiment tous rappelé qu'à l'horizon 2026, demain, il y aurait un manque de 100 000 officiers sur les navires marchands. On aurait pu leur demander de venir « faire de la publicité ».
Pour clore cette journée, des ministres européens en charge des transports maritimes (Suède, Espagne, Chypre, Grèce, Malte, Bulgarie, Allemagne, Portugal) se sont exprimés (en vidéo), avant le dernier mot par Madame la ministre de la Mer.

Conclusion et remarque personnelle.

Tout le monde est d'accord : il faut réglementer et harmoniser les statuts des marins européens, que ce soit au social, ou en ce qui concerne leur formation. Mais, car il y a un mais, ce sont de belles paroles qui auront du mal à être suivies d'actes. Chaque pays a ses propres règles, considérées comme les meilleures bien entendu, et c'est donc aux partenaires européens de bouger plus que soi-même. Ce colloque, une bonne idée, était organisé par la France, actuellement présidente de l'Union européenne. Mais on sait que la présidence de l'UE tourne tous les six mois. Alors six mois pour organiser et commencer à faire bouger les choses au sein d'une administration pas vraiment réputée par sa rapidité de prise de décision, quand en plus en France on aura aussi autre chose en tête avec une échéance électorale située en plein milieu de cette présidence, faut-il être optimiste ?
Cdt H. Ardillon
Vice-président de l'AFCAN
Secrétaire général du CESMA
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